Vers 1968, j'étais une enfant de plus de 7 ans, qui faisait partie d'une certaine
majorité de gamins éduqués encore "à la vieille école". L'émancipation des femmes en france n'avaient pas encore pris routine dans le quotidien...les enfants n'avaient pas de crédibilité réelle
sociale, s'ils se plaignaient (ou pas)... il fallait, face à cette sorte de dictature, se faire souple tant qu'on le pouvait. Les parents, les instituteurs avaient encore le droit de
frapper pour corriger et humilier.
Et puis, malgré les très dures "targnoles" reçues, (je vivait cela comme quelque chose d'injuste), et
bien en grandissant, nous ne sommes pas devenu(e)s semblables à ces lâches "bourreaux", enfin pas tous! Et oui, à l'époque, même si nous étions
innocent(e)s nous servions de boucs émissaires, tant que les coupables ne s'étaient pas dénoncés...c'était hypocrite et terrible! ces méthodes de guerres, dites "éducatives" ne
s'embarrassaient pas de justes nuances. Et nous enfants, nous ne faisions pas parti de cette mentalité "pourrie" d'après guerre.
Le racisme fut prétexte à railleries dans la cour de récréation de mon école, de la part des garçons, surtout si on était blonde (comme moi), portant un nom de famille bien
Allemand (de par mon père), et n'étant pas "garçon manqué". C'était les fils des petits commerçants bien Français, "qui s'amusaient" en reprenant mon nom de famille, pour me
traiter de "sale Bosch"! Pourtant la guerre était finie depuis plus de vingt ans et j'étais née en France 14 ans après (de mère Française), dans une jolie ville royale! En tout cas, ces
gas là n'étaient pas mes copains, (sauf un seul, Eric qui avait décidé à la fin de se battre pour moi, contre tous, et me défendre de manière chevaleresque). Les filles s'en fichaient,
plutôt elles jouaient à faire semblant, et les instits' semblaient ne rien entendre "de leurs petits "démons" protégés". L'hypocrisie
allait bon train! C'était comme cela dans ce grand village, sans doute parce qu'il s'était passé une triste histoire très célèbre (datant de 43/44). Il faut
dire que pratiquement toutes les semaines, le soir à la télé ORTF, pendant de très nombreuses années, passaient des documentaires (de l'INA) sur la terrible extermination de
la dernière guerre mondiale. Je ne regardait pas ces documents là sauf une ou deux fois lorsque je fus plus grande, les images étaient terribles.
Le peuple Allemand était diabolisé comme un peuple de nazis, grâce à l'amalgame avec le Reich hitlérien. Les Américains étaient vus comme des "dieux sauveurs"...et un
"tremplin".
Ah, cette cour de récréation avait été témointe de biens des choses, impensable aujourd'hui!; un jour, à la fin de l'année scolaire, pour divertir et instruire, les responsables de l'éducation
nationnale, ont fait déposer au milieu de la cour,sortant d'un camion, une tortue géante de terre. En la voyant j'avais éprouvé de l'admiration sur son âge "du siècle dernier"
et fascination, mais à la fois une grande tristesse parce que je sentais qu'elle ne pouvait pas être bien, si loin de chez elle et cela me rappelait l'histoire de
l'ours Collargol...

BOULANGERIE ET MESSE
Je revois la petite boulangerie ou j'allais souvent d'un pas gaillard, acheter des gâteaux, mais... "c'est dingue lorsqu'on y pense"; il y avait des meringues
chocolat, étiquetées "têtes de nêgres"! Naïve, gourmande je pensais qu'il n'y avait que ces pâtisseries que l'on nommaient de la sorte, plus tard j'appris que non...Le Dimanche
matin j'étais obligée d'aller à la messe (car mes refus étaient toujours confrontés à du chantage de la part de ma mère), ou, à la menace routinière de cinglantes et
dures targnoles sur la tête, (vaillemment exécutées par mon père).
Dans cette petite chapelle...des copines et des voisines de classe s'y rendaient aussi; je détestais l'ambiance faussement solennel qui y régnait, j'étais forcer de réciter par coeur des
choses automatiques, (dont j'oubliais certains mots, ce qui faisait le bonheur "des premiers de la classe"). Des choses pour lesquelles on me répondait froidement ou pas, lorsque je
posais des questions censées...la seule chose qui me faisait tenir c'était de savoir que, de temps en temps, à la sortie de la messe, mon copain Patrick m'y attendrait pas loin...de la
boulangerie...et une fois il m'avait offert ... oh, surprise! une superbe meringue chocolatée, que l'on mangeait comme une glace!! (excellent remède après avoir passé
2heures à la messe sans bouger,"assis, lever, réciter", et le tout avec "des gens" "qui se la jouait"...qui ne comprenait rien de profond à ce qu'ils répètaient, avec qui il n'était pas
possible de communiquer).
Le Jeudi matin (jour de congé à l'époque), j'étais obligée d'aller au catéchisme, hé oui! Tout cela me rappelais l'école, la classe, puisque sans compter les sévices
moqueurs sur mon nom de famille allemand, que le curé s'efforçait de souligner en réitérant souvent la prononciation, de bien le faire remarquer aux autres gamins qui
eux, portaient tous des noms bien français...pourtant nous étions déjà (je le rapelle) au début des années 1970! Un jour celui-ci refusa que je soit retenue à faire ma communion
solennelle car je sèchais les cours de cathéchisme assez souvent, (je me balladais à la place dans les ruelles du village), (personnellement je m'en fichais), mais il fallais annoncer la décision
à ma mère. Dès que je l'eu fait, celle ci sembla très atteinte dans sa réputation, alla urgemment trouver le curé..... à son intervention je fit ma communion solennelle (là aussi je n'avais
pas le choix vis à vis du reste de la famille...)! Pourtant je vous assure que le physique de ma mère.... ne pouvait laisser penser, même en soupçon qu'elle était finalement aussi
directive, elle était une main de fer dans un gant de velours, d'une incroyale fine beauté, grace naturelle...
...L'après midi du Jeudi j'étais obligée d'aller au basket (car ma mère voulait me voir vite grandir, en invoquant qu'elle avait peur que je ne soit pas grande mais de taille moyenne à petite).
Je n'aimais pas du tout le basket et l'ambiance violente de "garçons manqués" qui règnait entre les filles sur le terrain, mais je réussie (pour moi-même) à remporter une petite médaille avec mon
équipe, j'étais fière de moi. J'étais obligée très souvent (à cause du chantage de la pension) de faire "le plaisir" de ma chère mère (mon père était très pris par son travail de dessinateur
industriel, très nerveux car il avait un début de sclérose en plaques, hélas), complètement "involontairement" indisponible pour être un père normal!
C'était des années ou les parents avaient tout les droits sur
leurs enfants...seul comptait le résultat obtenu avec des façons précises!
Mais retenons plutôt les choses agréables...(lieu; Ile de France
sud);
Née (et vécue) à Fontainebleau , à deux pas du Château, de mère
Française issue de classe ouvrière moyenne, et d'un père allemand qui hélas avait connu la guerre; (ayant joué à l'idiot sous hitler, afin de rester petit soldat, et afin de ne pas
être fusillé, et surtout pas devenir SS. (Lui qui ne voulait pas faire la guerre), il n'avait pas eu le choix. Devenu par la suite simple soldat ;(il pu au moins tirer à
côté), (imaginez Charlie Chaplin avec sa particulière et "innocente malice" envoyé sur le front russe transi de froid, et sympathisant par chance avec des russes l'invitant à manger
des patates autour d'un feu de bois, Russes qu'il avait pris au loin pour les siens!). C'est ce que vécu mon père.
Ceux qui ne voulait pas la faire cette guerre, (surtout quand Hitler avait besoin de renfort suite à des échecs), et bien ceux là étaient fusillés. Parfois, et rarement, des mères cachaient
leurs derniers jeunes rejetons (de 15, 16 ans), dans les recoins de leur maisons. mais c'était exceptionnel, car tout était fouillé et trouvé. par les SS . C'est ainsi que j'ai
perdudeux oncles que je n'ai jamais connus, les deux plus jeunes frêres de mon père, un devenu soldat (à 15 ans 1/2) décedé dans l'explosion d'un train, l'autre
de 17 ans, mort dans un sous marin, (le plus jeune , le plus timide, n'avait à l'époque pas eu le temps de "fréquenter" intimement une fille.).
Simce Aronde p60 modèle 61
J'habitais une Tour (datant de 1954) très solide et standing, à
toit bleu, gracieusement courbé, ou les voisins les plus dissipés et les plus éphémères étaient les enfants résidents des familles Américaines, dont les pères, de hauts
gradés, étaient rattachés au camp militaire Guynemer. Leurs longues grandes voitures souples et silencieuses aux couleurs pastelles, comme celles de leurs chewing-gums me
laissait bouche-bée, la voiture de mon père à côté, (Simca Aronde p60 modèle 61), ne faisait pas le poids!
La Tour faisait partie d'une grande propriété, non fermée, libre de tout accès, sans dangers, composée d'un parc à jeux; un haut tobogan, un manège, trois balançoires, un minuscule bois,
ainsi que d'un mini terrain de foot côté sud de la Résidence. Nos mères de familles nous surveillais d'un très bon oeil, et de l'autre, tour à tour elles étaient; cuisinières,
ménagères, assistantes maternelles, grands esprits d'organisation! "En ce temps" leur présence à tempérer l'éducation parfois dure et amère que nos pères nous laissaient, nous
faisaient parfois du bien, (nos pères avaient de grandes responsabilitées directes, dans leur travail de projeteurs-dessinateurs industriels, ou seuls leurs uniques cerveaux
étaient une mine d'élaboration, de données et calculs en tout genres).
A cette époque, (avant 68) les gens, (et mes parents) n'utilisaient pratiquement aucuns crédits, les prix étaient encore... "abordables", et la nourriture que nous mangions était
très bonne!... (vous savez; c'est celle que nous devons aujourd'hui acheter en bio, pour la qualité normale, abordable pour les personnes riches seulement). De plus, nous
pouvions aller nous baigner dans la Seine encore limpide, (avec de grosses bouées, qui n'étaient que des chambres à air de camions). J'adorais l'odeur de la Seine parfumée aux
herbes et limons.
Dehors, dans le parc de la résidence, nous inventions notre monde dans la bande d'enfants que nous étions, dans nos jeux géniaux, tous acteurs pour de vrais, pour gagner sur la vie, sur
nous mêmes, et partager, mais jamais pour nous détruires ou en anéantissant l'autre, car nous savions faire la différence entre un objet de consommation que l'on achète et jette, et un être
vivant. Tout se vivait en vrai, nous ne pouvions pas prendre nos rêves pour la réalité, et quand nous rêvions, nous en étions "Maîtres-de-Création"! J'avais une grande soeur, jolie et
brune,très expansive, un peu brusque, en pleine crise de préadolescence, avec qui je ne pouvais pas partager sur la même longueur d'ondes, et pas trop sereinement (à causes des
disputes de "tire chignon"), sauf à des moments très éphémères magiques. Lorsque nous étions réunies pour un après-midi théatre, dans ma chambre, (avec un vrai théatre artisanal en
bois et de superbes marionnettes peintes, en pâte à papier). Ma soeur et moi, à tour de rôle incarnions le spectateur en plus, et le scénariste-acteur avant d'invité nos
copines! Je me souviens encore de l'odeur de l'ampoule que j'avais peinte à la gouache rouge, pour la scène, et qui fumait...finissant sournoisement par alerter notre
mère, qui finissait brusquement par faire irruption dans la chambre, s'exprimant en un ferme et long sermont qui gachait tout! Ma soeur arrivait parfois à "lui rabattre le
caquet"!
Chevrolet bel air 1959
Les P'tits Américains n'eurent sans doute pas le temps , de s'incorporer à notre bande, mais ils avaient su créer une ambiance,
comme décorer les ascenseurs de la Tour par de jolis collés de chewing-gums odorants et de grabouillage, ou le merde Amerlocque s'affichait sur la porte intérieure défilante,
puisque leur spécialité c'était jouer au "stop/go" des ascenseurs (nous aussi ensuite), clacquer les portes à outrance.... en hurlant.
Et puis le jour arriva ou les familles Américaines durent partir...(fin des contrats militaro/professionnels des pères de familles). Les quelques jours précédants les déménagements, mes
potes et moi, nous fîmes une découverte près du grand vide ordure spécial au fond du parc; j'avais l'impression étrange, qu'une sorte d'extra terrestre, n'ayant pas pris le temps d'être
sympathisant était repartie d'urgence sur sa planète, en laissant derrière la moitié de leur fusée, les restes de leur dernière technologie "made in
usa".
Toutes sortes d'objets jonchaient le sol, (mais ils ne pouvaient pas fonctionner tout seuls comme les notres!); des machines....à laver....le linge, la vaisselle, des transformateurs,
appareils à café, à légumes, jouets qui nous paraissaient bizarres (sophistiqués), et même un congélateur!!
J'étais un tantinet déçue de réaliser que l'arrogance qu'avait montré les p'tits Américains venait peut-être, en partie seulement, de cette supériorité technologique, que
nous n'avions pas encore complètement ici! (à part la télé noir et blanc (ORTF), nos patins à (4) roulettes ralongeables en acier que j'adorais, nos jeux d'osselets et billes, deux
vélos et une patinette allemande à gros pneus). Leur planète était donc pas si loin de la notre, leur ville géante, son nom; "Capital-a-Consommation", leurs vies étaient sans
doute bien différentes et débridées des nôtres, qui elles, se situaient dans une autre extrème (la seule liberté que nous avions) était nos jeux dans le parc et le
petit bois pour nous planquer dans nos arbustes-cabanes et réinventer notre monde, ou parfois dans un très long garage, mais là, pour se faire peur à Belphégor!
nous devions simplement rentrer avant qu'il fasse complètement nuit!
LE TEMPS DU TOURNANT SE TERMINE; "SORTIE DE VIRAGE":
Puis le temps passa, de nouvelles familles s'établirent dans la résidence
(qui comptait pas mal de classes moyennes dont je faisais partie), j'avais grandie, et les nouvelles mères de familles travaillaient presque toutes à
l'extérieur. Les gens commençaient à vivre à
crédit, les classes moyennes se fragmentèrent en plusieurs autres classes, idem celle ouvrière.
La femme s'était enfin émancipée en toute logique, parce qu'on lui en avait réservé "certains moyens".
Alors les choses se compliquèrent un peu; des parents habitant dans d'autres bâtiments à côté, n'ayant plus le temps, la disponibilité de surveiller leurs enfants, ni entièrement de les
éduquer (ce "manque" à été compenser par la technologie de la société de consommation), les laissaient partir 400 mètres plus loin, afin qu'ils jouent avec les balançoires, le tobogan
et manège de la Résidence privée de la Tour.
Ces jeux de plein air ont étés démontés par
prudence, pour plaintes de ces mêmes parents (heu... pour ne pas accuser d' irresponsables cette nouvelle génération de parents). Hé oui, leurs mômes, livrés à eux
mêmes, sur un grand périmètre, "tombaient mal" lorsqu'ils venaient jouer dans la Résidence (à se bagarrer pour monopoliser les jeux, qu'"eux" n'avaient pas)...et tout comme
nous avant, se retrouvaient avec les genoux trop éraflés! Tout cela commençait à excéder le gérant de la Tour (qui faisait peur à tout les enfants que nous étions... de plus en plus
dissipés). Mais c'est ainsi que les jeux de groupe ont étés interdis dans le parc, (à cause de rivalitées de quartier, de jalousies, de plaintes de parents, de
l'irresponsabilité, bref; de la bêtise humaine des adultes surtout).
Les enfants se confinaient alors peu à peu, devant un jeu
vidéo (pas encore trop violent) bridant leur imagination, à leur "petits temps perdus", et plus tard; un ordinateur, pour vivre leur vie comme ils en sont "autorisés",
communiquer en "réel" dans le virtuel, la liberté dans l'internet "de certains dangers"! (hé oui! même dans leurs chambres). Ils ne
bougeaient plus beaucoup....(D'ailleurs ces gamins doivent maintenant éviter le danger de l'obésité et tellements d'autres...). Leurs relations? de plus en plus controlées
partout; écoles, club de sport, à la maison, le tapage de l'assistanat des médias-relais d'infos, magasins, couloirs des métros; par écrans publicitaires et capteurs, leurs tél. portables,
le web, et les futurs trains hyper-sophistiqués de banlieue.
(Je souris, car un jour, étant môme, je me suis retrouvée
coincée entre deux étages, dans le grand ascenseur "monte charge", à ni pouvoir monter, ni descendre, j'ai crié "je suis coincée", j'ai appuyé sur la sonette, pleuré, et attendue
longtemps...puis les pompiers sont venus me délivrer, point! il n'y a pas eu de plainte de par mes parents et de "démontage d'ascenseur", ni d'interdiction
d'utilisation, ni d'alarme médiatique subite genre "Une des journeaux",ou France Info, RMC, ou France 3!).
Bref, plus il y a de
contrôle; (disons pour être franche le décontrôle des valeurs humaines), plus se produit de l'insécurité, et plus tout est contrôlé!! cette escalade vous
semble t'elle normale?? (c'est à croire que l'évolution et le contrôle technologique déresponsabilise beaucoup la transmission des
vraies valeurs de tolérances; vous savez?... celles qui harmonisent et nuances les différences). [Par contre
c'est l'immense Marché de la Surveillance et du Contrôle qui jubile, se mêlant à tout les domaines de la
vie, pour maintenant et plus tard surtout!; remporte(ra) la Palme... de la "Nâge" d'Or].

Aujourd'hui, la propriété résidentielle est depuis quelques années parsemée de caméras et délimitée par de hautes grilles blanches, le grand toit bleu (n'est plus bleu) il s'est envolé
pour retomber en morceaux lors d'une forte tempête et les voitures devant l'entrée principale ne rentrent qu'avec un bip (pour la barrière), idem pour les portes du
hall d'entrée (bip à ondes), et dehors il n'y a plus d'enfants qui joue, plus de vie instantanée, sauf très exceptionnellement, un ou deux au ballon, on y voit quelques dames
très âgées et veuves se promener en se rappelant le bon temps... Le soir et la nuit, pour la première fois, depuis quelques temps, surgissent
régulièrement d'adorables et pauvres sangliers affamés, labourant tout le gazon. Ils proviennent de la grande forêt de Fontainebleau d'à côté, (ils ont juste à traverser
deux routes, au calme)....les sangliers ne se prenant pas pour des vedettes, je ne pense pas qu'ils soient venus narguer les quelques caméras de surveillance.
sanglier "contraint" aux poubelles
par Vérena
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